Edredons
L'édredon a longtemps été la pièce maîtresse des lits français, avant que la couette ne le remplace dans les années 1970. Il revient aujourd'hui pour ce qu'il sait faire de mieux : un appoint de chaleur très léger, posé en travers du lit, que l'on ajoute ou retire selon la nuit sans changer toute la literie.
Qu'est-ce qu'un édredon ?
Un édredon est une enveloppe textile garnie de duvet, de plumettes ou de laine, piquée en compartiments pour maintenir le garnissage en place. Il se distingue de la couette par sa taille et par son usage : plus petit que le couchage, il se pose sur le lit fait, souvent replié en travers au pied ou remonté jusqu'à mi-hauteur, alors que la couette couvre le dormeur intégralement et se glisse dans une housse.
Son nom vient de l'eider, ce canard des mers du Nord dont le duvet servait au garnissage des premiers modèles. Le duvet d'eider reste le plus performant des garnissages naturels, mais sa récolte manuelle sur les nids en fait un produit rare, réservé à quelques pièces d'exception.
Particularités et dimensions
Les formats courants vont de 100 par 120 centimètres pour un édredon d'appoint individuel à 140 par 200 centimètres pour un modèle destiné à un lit double. Cette dimension réduite est délibérée : l'édredon n'a pas vocation à border le lit mais à ajouter une couche là où le corps en a besoin, ce qui explique aussi sa légèreté, généralement comprise entre 300 et 900 grammes selon le garnissage.
La piqûre se fait le plus souvent en carreaux ou en bandes cousues, parfois en caissons pour les modèles les plus chauds. Un caisson, contrairement à une simple piqûre traversante, ménage une cloison de tissu entre l'endroit et l'envers, ce qui laisse au duvet toute son épaisseur au lieu de l'écraser sur les lignes de couture. C'est la construction la plus efficace thermiquement, et la plus coûteuse.
Les matériaux de garnissage
Le duvet d'oie ou de canard constitue le garnissage de référence. Sa qualité se lit à deux chiffres : la proportion de duvet par rapport aux plumettes, souvent notée 90/10 ou 70/30, et le pouvoir gonflant, exprimé en centimètres cubes par gramme ou en fill power sur les fiches anglo-saxonnes. Un duvet à fort pouvoir gonflant emprisonne plus d'air pour un poids inférieur, donc chauffe davantage sans peser sur le dormeur.
La laine, en nappes cardées, offre une alternative respirante qui régule bien l'humidité et convient aux personnes qui transpirent la nuit. Elle est plus lourde à pouvoir chauffant égal et se tasse avec le temps, mais elle ne migre pas et supporte des décennies d'usage. Les garnissages synthétiques en fibres creuses siliconées, enfin, coûtent moins cher, se lavent sans précaution particulière et conviennent aux chambres d'enfants, au prix d'une durée de vie plus courte.
L'enveloppe compte autant que le garnissage. Une batiste ou une percale de coton en fil fin, à armure serrée, retient les duvets et les plumettes tout en restant souple. Un tissu trop lâche laisse les pointes traverser, ce qui pique et vide progressivement l'édredon ; la mention descente de duvet ou anti-fuite sur la fiche produit répond exactement à ce problème.
Conseils pour le lavage et l'entretien
Un édredon en duvet demande peu de lavages, à condition d'être entretenu régulièrement. L'usage traditionnel consistait à le battre et à l'aérer chaque semaine, ce qui reste la meilleure des routines.
L'entretien courant
Une aération d'une heure ou deux, à l'ombre et dans un air sec, suffit à évacuer l'humidité accumulée pendant la nuit et à redonner du volume au garnissage. Le plein soleil est déconseillé sur les enveloppes teintées et sur la laine, qu'il jaunit. Secouer l'édredon dans le sens de la longueur puis de la largeur redistribue le duvet dans ses compartiments et évite les zones creuses.
Un drap plat ou une housse d'édredon, moins courante mais disponible, retarde considérablement le moment du lavage. C'est de loin la précaution la plus rentable, puisque chaque passage en machine abîme un peu le garnissage.
Le lavage
Un édredon en duvet se lave à 30 degrés en programme délicat, avec une lessive liquide douce et sans enzymes agressives, dans une machine assez grande pour qu'il flotte. Il retient énormément d'eau : un modèle de 800 grammes en pèse plusieurs fois plus une fois mouillé, et il ne faut jamais le soulever par un angle, sous peine d'arracher les cloisons intérieures. Deux rinçages valent mieux qu'un, car les résidus de lessive collent les brins de duvet entre eux.
Les édredons anciens, les garnissages en laine et les pièces à enveloppe de soie relèvent du nettoyage professionnel, avec un dépoussiérage à sec plutôt qu'un lavage. Certains ateliers spécialisés proposent aussi la réfection complète : ouverture, dépoussiérage du duvet, ajout de garnissage et remise en enveloppe neuve, opération qui redonne trente ans à une pièce de famille.
Le séchage, l'étape décisive
Un édredon en duvet ne sèche jamais correctement à l'air libre en une journée, et un garnissage resté humide au cœur des compartiments moisit sans que rien ne paraisse à la surface. Le sèche-linge en programme très doux, avec des balles de séchage et plusieurs cycles entrecoupés de manipulations à la main, reste la seule méthode fiable. Il faut compter plusieurs heures et vérifier en pinçant chaque caisson qu'aucun grumeau ne subsiste.
Le rangement suit la même logique que pour tout garnissage naturel : une housse en coton respirante, jamais de sac plastique sous vide qui casse les brins de duvet, et un endroit sec. Un édredon comprimé plusieurs mois perd une partie de son gonflant, parfois définitivement.
Où acheter ses édredons ?
Le marché s'est éclairci depuis le retour en grâce du produit, mais l'appellation édredon recouvre des réalités très différentes selon les enseignes.
Les circuits
Les spécialistes de la literie et du linge de maison proposent des édredons neufs en duvet, avec des fiches techniques détaillées et un service après-vente. C'est le circuit à privilégier pour un achat de longue durée. Les enseignes de décoration vendent surtout des modèles à garnissage synthétique, appelés parfois édredons alors qu'ils tiennent davantage du couvre-lit matelassé léger.
Les ateliers français de literie traditionnelle, souvent labellisés Entreprise du patrimoine vivant, confectionnent sur mesure et réparent. Ils permettent de choisir le duvet, le grammage et l'enveloppe, et de faire refaire une pièce héritée plutôt que de la remplacer. Les brocantes et les ventes en ligne d'occasion regorgent enfin d'édredons anciens en satin de coton, très beaux, à faire systématiquement dépoussiérer avant usage.
Ce qu'il faut lire sur l'étiquette
La composition du garnissage doit être chiffrée : nature du duvet, proportion de duvet et de plumettes, poids total. Une mention vague du type garnissage naturel n'engage à rien. Le label européen Downpass atteste de la traçabilité du duvet et du fait qu'il ne provient pas de plumaison sur animal vivant, un point à vérifier pour qui y est sensible.
Sur l'enveloppe, la finesse du fil et la densité de tissage conditionnent la tenue dans le temps. Enfin, la construction en caissons se distingue de la simple piqûre traversante sur les schémas des fiches produits, et justifie une part importante de l'écart de prix.
Repères de prix
Un édredon à garnissage synthétique se trouve entre 40 et 90 euros. Un modèle en duvet de canard, en piqûre traversante, se situe entre 120 et 250 euros selon la dimension. Les édredons en duvet d'oie à caissons, avec une enveloppe en percale fine, démarrent autour de 300 euros et dépassent facilement 600 euros en grande taille. La confection sur mesure et les pièces en duvet d'eider relèvent d'un autre marché, où les prix se comptent en milliers d'euros.
La réfection d'un édredon ancien, entre 150 et 300 euros selon la taille et le complément de duvet, revient souvent moins cher qu'un modèle neuf équivalent, pour un résultat de meilleure qualité.